Dans les montagnes de Sa Pa

Enfin seule ! J’ai passé 2 semaines bien remplies avec 9 copines de voyage avec qui j’ai bien rigolé mais j’avoue que j’ai parfois besoin d’être au calme. Pour me recentrer sur ma petite personne ;)

La veille, j’appréhendais un peu de me retrouver seule. Non pas pour une question de sécurité ou de solitude mais quand on est seule, on ne peut se reposer sur personne d’autre que sur soi-même. Comme dans la vie de tous les jours après tout. Je me demandais surtout si j’allais réussir à me débrouiller entourée de gens qui ne parlent pas forcément anglais, tout ça (en fait Sa Pa est devenue tellement touristique que beaucoup de gens connaissent les bases). Mais bon après 2 semaines au Vietnam, je commence à comprendre comment certaines choses fonctionnent.

Le jour du départ, une « limousine » vient me chercher à mon hôtel. J’ai choisi cette option qui était plus simple et reposante que le train de nuit + bus + taxi jusqu’à mon homestay. Limousine vietnamienne = un bon vieux Thaco ^^

Me voici donc à bord du Thaco limo, super sereine contrairement à la veille. A mes côtés, un couple d’australiens très gentils et qui ont envie de parler ! C’est la première fois qu’ils laissent les enfants à la maison pour partir en voyage. Elle est infirmière et lui policier. Ok je vais me tenir à carreau ! J’adore parler anglais mais j’avoue que parfois j’ai du mal avec son accent alors je fais juste mine de comprendre l’idée globale. J’en ai pour 5 heures de route et j’espère que son débit de paroles va ralentir parce que ça fatigue quand même mon cerveau de me concentrer sur son accent. Avec nous, un couple d’indiens qui travaillent depuis 1 an à Dubaï, ils trouvent qu’il fait super bon au Vietnam et ça leur fait du bien comparé à la température de leur vie quotidienne. Mh, je ne peux pas en dire autant. Moi je n’ai jamais pris autant de douches par jour pour me rafraîchir ! Il fait chauuuuuud, j’ai chauuuud. A boiiiiire ! You get the picture :)

Je me dis que c’est cool de papoter avec ces inconnus. Cette semaine commence bien. Je suis détendue et confiante.

J’arrive dans mon homestay pendant un déjeuner de famille. Je suis un peu désorientée, c’est ultra bruyant, je ne sais pas où me mettre. J’avoue avoir envie de partir en courant malgré le cadre idyllique. Je suis fatiguée donc ça n’aide pas.


Je me décide à explorer les alentours sur les conseils de la personne qui m’a accueillie. Heureusement que j’ai une application pour visualiser les chemins parce que le plan qu’il m’a donné est super grossier.

Au bout de 5mn de marche, je me retrouve devant une cascade qui traverse la route. Je reste devant pendant au moins 5 bonnes minutes à me demander comment je vais la traverser sans mouiller mes chaussures (plus tard je verrais qu’il s’agit d’une station de lavage naturelle).


J’ai tout simplement fini par enlever mes chaussures et mes chaussettes après avoir vainement essayé d’y aller caillou par caillou (pas assez de caillou pour paver le tout).

Me voilà bien, je suis pieds nus et comment je fais pour remettre mes chassures sans gravillons ? Je ne sais plus comment j’ai réussi à sécher mes pieds mais en tout cas j’ai la satisfaction d’avoir les pieds au sec.

Argh des femmes de l’ethnie Hmong foncent sur moi avec plein de questions « Comment tu t’appelles ? Tu viens d’où ? Quel âge as-tu ? » Au début, tu réponds mais après on ne me la fera plus. Ces femmes te suivent comme ton ombre dans l’espoir que tu leur achètes des souvenirs. Bonjour la retraite spirituelle dans les montagnes !

Un jeune viet me demande de le prendre en photo avec son iPhone. Je m’exécute gentiment puis reprends ma route, une femme Hmong aux fesses. Remontant sur son scooter, le viet que j’ai photographié me propose de monter derrière lui. Je refuse, tout est bon pour se faire de l’argent au Vietnam (même recoller les chaussures des touristes sans leur consentement pour extorquer des sous). Il me précise alors « for free ». Ah bon ben si c’est gratuit, Ok soyons fou comme ça ma deuxième ombre me laissera tranquille.

Me voilà donc sur un scoot avec un inconnu qui m’explique que c’est le village où il a grandit et que maintenant il vit à Hanoi. Il me demande si je suis célibataire. Euh oui mais dépose-moi là c’est bien ^^

Je continue à pied, le chemin est très joli. Voilà pas qu’une autre femme et son bébé me suivent à la trace. Je suis saoûlée, moi qui voulait être au calme, ce n’est pas gagné.

J’arrive au village de Ta Van. C’est ici qu’habite la femme qui me colle. Elle est très belle, gentille. Mais non je ne veux rien acheter. J’apprends à dire non avec le sourire, je ne me laisserais pas influencer par la pitié ou autre bon sentiment. Ouais je suis un monstre, je sais. Et je le vis bien :)

Je décide de prendre un chemin qui n’apparaît pas sur ma carte en espérant que ce soit un raccourci pour retourner à mon homestay. Ben en fait j’atteris dans un hameau et je n’ose pas aller plus loin de peur d’être sur une propriété privée (des fois que ça existe dans un pays communiste). Je fais donc demi-tour après avoir demandé mon chemin à 3 hommes papotant sur leur moto. L’un d’eux me propose de me raccompagner en moto à mon homestay pour 150 000 dong. Ahahah le rigolo, je refuse catégoriquement. C’est l’équivalent de 5,50€ mais je sais que c’est le prix d’un taxi et qu’un scoot est moins cher même si je ne connais pas le prix. Je continue mon chemin, je l’entends me crier « 100 000 », je continue de marcher. 2 mn après le voilà qui me court après pour me proposer 50 000 dongs. Je dis Ok ! J’étais fatiguée et le soleil se couche tôt, je veux rentrer avant qu’il fasse nuit. Vous relèverez mes talents de négociatrice. Ici, c’est tout un art de marchander et je crois que j’y arrive de mieux en mieux. La preuve, je viens de baisser le prix de 150 000 à 50 000. A Hoi An, nous faisions des « études de marché » avant d’acheter quoi que ce soit pour connaître les prix et les écarts entre les différentes boutiques. Une bouteille d’eau peut coûter entre 5 000 et 33 000 dong. Un paquet d’oreo entre 15 000 et 45 000, etc.

Sur le chemin mon chauffeur me demande si je voyage seule, si je suis célibataire. C’est une manie des vietnamiens de vouloir trouver une étrangère pour acheter son ticket de sortie. Apparemment, pour venir en France un Vietnamien doit payer 10 000€ au gouvernement, si j’ai bien compris.

Je fais donc passer mon statut de célibataire à en couple avec 2 enfants en l’espace d’une journée. Comme ça on me laissera tranquille :D

De retour au bercail, je m’affale sur mon nouveau lit. Je dors dans un dortoir de 10 personnes. La fête de famille est toujours en cours, les enfants et les adultes sont bruyants, ma fatigue me donne envie de les massacrer pour pouvoir dormir tranquille. Je finis par m’endormir tant bien que mal.

Au Vietnam je me réveille généralement avec le soleil et/ou les coqs. C’est-à-dire entre 5h30-6h30. Il faut dire que je me couche VRAIMENT avec les poules. Comme les vietnamiens.

Mon homestay est à 7km du centre de Sa Pa. Je décide d’y aller à pied (environ 2h de route) en misant sur un scooter qui me proposera de faire le chemin. Cette fois-ci, pour traverser la cascade j’ai prévu les tongs. Au bout de 15mn de marche, un scooter s’arrête pour me proposer de m’accompagner à Sa Pa. « How much ? », « 50 000 », « Ok ». C’est parti ! Je n’ai jamais fait autant de scooter de ma vie. 

Arrivée à l’office de tourisme, on me dit que c’est trop tard pour faire un trek jusqu’au village de Ta Phin (il est pourtant 8h30…). Je réserve pour le lendemain et me rabats sur le mont Ham Rong situé derrière l’église. Recommandé par le guide du routard, je suis super déçue. Tout ce que je vois est un amas de touristes asiatiques, vietnamiens pour la plupart. C’est sympa mais sans plus. Il y a bien un chemin calme qui continue vers le col, je m’y aventure avant de rebrousser chemin car j’entends 2 chiens qui aboient et courrent vers moi. Sachant qu’ils peuvent être porteur de la rage, je fais demi-tour calmement.

La nourriture est très décevante. Sa Pa est très touristique mais on y mange surtout des plats à l’occidental dans les restaurants recommandés par le routard. Ou alors je suis mal tombée.

Sa Pa est l’expression même du chaos. Les routes sont dans un état catastrophique, elles sont une succession d’énormes trous. C’est d’ailleurs une super technique pour économiser des sous puisque ça me retourne l’estomac. C’est une ville qui grouille de femmes des différentes ethnies qui proposent des souvenirs ou des trekking, il y a des travaux PARTOUT, tous les 2 mètres un nouvel hôtel en construction. Je suis bien contente d’être hébergée au milieu des rizières. 

Après le déjeuner, je décide de retourner à mon homestay à pied en passant par le village de Cat Cat. Lui aussi est recommandé et pourtant tellement décevant à mes yeux que je n’en fais pas le tour complet, préférant emprunter un chemin à travers les rizières en direction du village de Lao Chai, proche de mon homestay. Cat cat grouille aussi de touristes, c’est une enfilade de magasins. Super !

Au calme au milieu des rizières, je suis émerveillée. Les paysages sont magnifiques. Quand je me perds, je trouve un local pour me remettre sur le droit chemin. Je ne croise que 2-3 groupes de touristes avec un guide. Aucune femme ne me suit. Je suis tranquille !



A un moment je croise une jeune fille et ses buffles, je lui demande si je suis sur la bonne route et elle me dit que oui. Heureusement qu’elle était là car je n’aurais pas forcément vu le chemin à emprunter : il fallait monter en hauteur et suivre les pas de buffles et d’hommes. C’est sportif, un vrai jeu de piste.

Je finis par arriver devant une maison où un groupe de touristes reprend des forces. Je suis contente de voir des gens ! Je suis rassurée d’être sur la bonne voie.

Plus loin, je me fais « agresser » par 2 fillettes d’environ 5 ans qui m’empêchent de passer pour me vendre des bracelets. Encore des baffes qui se perdent. J’arrive à m’échapper… énervée !

Je décide de quitter les rizières pour remonter sur la route, il me reste 1h30 de marche. J’ai les jambes en côton avec toutes les montées et descentes mais je suis fière de moi, j’ai fait le chemin seule comme une grande et contrairement à tous les touristes que je croise avec un guide, je sais où je suis sur la carte.

Le lendemain, c’est parti pour un trek vers le village de Ta Phin avec ma guide Hmong. Ce jour-là, j’ai parcouru environ 18km à travers les villages et montagnes. Il y a moins de rizières que dans « ma » vallée mais c’est tout de même agréable. Je m’étonne de ne pas croiser de touristes asiatiques. Ce à quoi ma guide répond que les touristes asiatiques sont des feignasses. C’est vrai qu’ils restent soit en ville, soit ils parcourent les routes en scooter en passant à côté de ce qui est le plus joli. Dommage pour eux, tant mieux pour moi. Je commence à avoir mal au dos.

Arrivées à Ta Phin, nous attendons une bonne heure le taxi qui doit nous ramener en ville. C’est finalement un scooter qui se pointe. Vous voyez les familles nombreuses sur un même scooter ? Et bien nous avons fait du scooter à 3, j’étais au milieu et comme le conducteur conduisait très lentement je me sentais en sécurité. Au Vietnam, le code de la route ce n’est pas tout à fait ça. C’est tout un art de se déplacer en motorbike ou à pied. Mais comme tout le monde conduit assez lentement et que tout le monde a l’habitude, ça marche très bien comme ça. C’est chaotique mais ça fonctionne.

Arrivée à Sa Pa, j’ai la bonne idée de rejoindre mon homestay à pied malgré quelques gouttes de pluie. Je ne suis pas en sucre et j’ai un k-way. Ouais sauf qu’en fait j’ai des lunettes et ça c’est relou quand il pleut ! Et comme je croise beaucoup de gros camions, que la visibilité s’amoindrie, je finis par faire du stop. Un scoot s’arrête, il ne comprend rien à ce que je dis mais il est Ok pour me raccompagner. Trop cool ! 

C’est le déluge, je suis trempée jusqu’au os et je croise les doigts pour que mon k-way protège mon appareil photo dans mon sac à dos.


Cette photo ne sert à rien car on ne le voit pas mais moi je vois que c’est comme si j’avais pris une douche toute habillée.

Arrivée au dortoir, je m’étends comme une crêpe. Je me repose puis décide de me faire masser. Il n’y a rien de plus agréable que d’être dans une ambiance zen et détendue, au chaud, pendant que dehors l’orage gronde. J’adore !

Le massage était top, la gérante m’expliquera plus tard que les jeunes qui travaillent ici ont appris à masser avec un de ses amis qui travaille dans un hôtel 5 étoiles. Ceci explique cela.


3ème jour dans les montagnes, j’avais préalablement décidé de ne rien faire de cette journée à part glandouiller. J’ai déjà bien parcouru la vallée et j’ai envie de me reposer. C’est ce jour-là que mon dos m’a fait terriblement mal, j’étais complètement bloquée. Je ne sais si c’est le poids du sac à dos ou bienl’état déplorable des routes qui ont eu raison de mon dos mais j’ai souffert. M’habiller me faisait mal, toute position n’était que souffrance. J’étais clouée au lit, au propre comme au figuré. Après avoir fait l’étoile dans mon lit : 7h à dormir, lire, rattraper mon retard dans la série Game of Thrones pour éviter toute tentative de spoil, un massage et une douche bien chaude pour essayer de détendre mes muscles, ça allait un peu mieux. 

Le lendemain, réveil moins douloureux et heureusement car 5h de route m’attendent pour retourner à Hanoi.

Finalement j’ai passé un très bon séjour ici. J’ai eu très beau temps quand j’ai crapahuté et quand il a plu, j’ai profité aussi en me faisant masser. Tout le monde est aux petits soins. La patronne m’a offert plusieurs fois des thés et m’a invité à partager leur dîner une fois. Je ne comprenais pas le viet mais je suis contente d’avoir partagé ce moment avec eux.


La veille de mon départ, un couple de français m’offre une bière. Ça aussi c’était un très bon moment. Chaque échange avec des inconnus me rend étrangement heureuse. Je suis contente de tracer ma route seule et de faire toutes ces rencontres. Je me force à sortir de ma zone de confort et c’est très gratifiant.

Sur le trajet du retour vers Hanoi, je papote avec un anglais qui enseigne à Hoi An. Les autres sont moins ouverts et ont l’air de prendre les vietnamiens de haut. On ne peut pas tomber sur des gens cools à tous les coups.

Hanoi, me revoici !

Anecdote : ici les vietnamiens qui voient mon passeport m’appellent Bao Trang. Même les vietnamiens pensent que j’ai 22 ans, parfois 18… et ils trouvent que j’ai la peau blanche d’une chinoise. Pourquoi pas.

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